Espace

Documentation

" La décision de Yamoussoukro a permis la création d'un marché régional du transport aérien en Afrique "

moussa-dgaMonsieur Moussa Habouba Directeur Général Adjoint de !'Autorité Aéronautique fait le point sur les grandes avancées enregistrées dans le secteur du transport aérien ces quinze dernières années en Afrique et au Cameroun.

Monsieur le Directeur Général Adjoint; la Décision de Yamoussoukro, qui consacre le principe du libre accès des transporteurs aériens aux liaisons intra africaines, a été adoptée en l'an 2000. Près d'une décennie après, quel bilan faites-vous de sa mise en ceuvre en Afrique en général et au Cameroun en particulier ?

En novembre 1999, les Ministres plénipotentiaires africains chargés de l'aviation civile se sont engagés à libéraliser intégralement les services du transport aérien non réguliers et réguliers dans la région Afrique. En effet, les dispositions de cet instrument juridique multilatéral ont préséance sur celles des accords bilatéraux et multilatéraux sur les services aériens entre les Etats parties qui leur sont incompatibles.

Depuis le mois d'Août 2000, la mise en oeuvre de la décision de Yamoussoukro est devenue effective dans les Etats-qui ont ratifié l'article 10 du traité d'Abuja. Cet instrument juridique communautaire consacre la suppression de toutes les restrictions concernant les fréquences, l'octroi des droits de trafic, y compris la cinquième liberté, la capacité à mettre en eeuvre par les compagnies aériennes entre les villes africaines, la désignation des entreprises de transport aérien, le transport du fret, des passagers et les services aériens non-réguliers.

En terme de bilan, plus d'une dizaine d'opérateurs nationaux ont été autorisées à exercer aux côtés de la défunte Cameroon Airlines ; environ 30 compagnies aériennes régionales desservent le Cameroun avec un trafic moyen autour de 130 000 passagers entre 2006 et 2008 même s'il est observé un fléchissement de 1,6 % entre 2008 et 2009. Cette libéralisation a contribué, à la baisse des tarifs : les tarifs payés par le passager sont de 80 à 90 % inférieurs à ceux dits "pleins tarifs". En définitive, le Cameroun est de plus en plus relié à plusieurs capitales africaines à des tarifs abordables.

Que répondez- vous opinion qui soutient que décision de Yamoussoukro a été subie beaucoup plus que voulue ? En effet après les Etats-Unis d'Amérique en 1978 et l'Europe en 1987, l'Afrique a à son tour rejoint le train de la réalisation du secteur aérien, comme par effet d'entraînement. Selon vous, cela s'est -il fait au détriment du véritable objectif de la Décision de Yamoussoukro, qui était d'avoir sur le continent un transport aérien performant, offrant un service du standard international ?

L'objectif de la Décision de Yamoussoukro est de supprimer toutes les entraves au développement du transport aérien en Afrique et non créer une compagnie aérienne unique, qui évoluerait dans un environnement non concurrentiel. Il s'agit de la concrétisation de la volonté politique des gouvernements africains pour la création d'un marché régional du transport aérien. La décision de Yamoussoukro n'a donc pas été imposée. En ce qui concerne le Cameroun, les dispositions libérales de compétitivité existent depuis la loi N°93/008 du 16 juillet 1993 relative à la libéralisation des services aériens domestiques et régionaux. Avec l'adoption du nouveau régime de l'aviation civile, ces dispositions sont étendues par la loi de 1998 aux services aériens internationaux.

On note depuis quelques années notre pays, Lille augmentation du nombre de compagnies aériennes assurant la desserte Cameroun. Cela est sans doute dû à une politique dynamique en matière d'accords aériens bilatéraux. Cette dynamique va-t-elle se poursuivre ?

En vue de la mise en œuvre par l'Autorité Aéronautique des dispositions de l'article 93 de la loi N° 98/023 du 24 décembre 1998 portant régime de l'aviation civile, le modèle d'accord aérien du Cameroun a été revu et dépouillé des dispositions restrictives qui ont été remplacées, par des clauses types de l'OACI, portant notamment sur :

  • L'exploitation des routes aériennes autorisées
  • Les critères de désignation des entreprises : la désignation multiple des entreprises : la libre tarification
  • L'exercice des droits de trafic de 3e, 4e, et 5e libertés pour toutes les entreprises désignées sur le marché intra africain
  • L'octroi illimité des fréquences et des capacités devant être régulées, par le libre jeu de la demande et de l'offre.

Cette politique a permis à l'aéroport international de Douala de s'affirmer comme une plate-forme de correspondances en Afrique Centrale pour les compagnies régionales qui ont toutes bénéficié de ces nouvelles opportunités du marché : Kenya Airways, Ethiopian Airlines, Royal Air Maroc, Air Ivoire, South African Airways, Bellview Airlines, la Compagnie Aérienne du Mali, TAAG Angola Airlines, Afriqiyat Airways, Benin Golf Air, en sont des exemples. Sur le plan international, les compagnies Air France, Brussels Airlines ont vu leurs fréquences augmenter après la révision des accords bilatéraux avec les pays tuteurs amis. Cette évolution n'est pas achevée.

Monsieur le Directeur Général Adjoint, abordons à présent le sujet relatif à la desserte intérieure. Quelle sont les réflexions entamées pour booster sa relance ?

La préoccupation de l'Autorité Aéronautique et du Gouvernement est de permettre aux Camerounais de voyager par avion d'une ville à l'autre à l'intérieur du territoire national. Certaines études ont été commandées par la CCAA pour la recherche des voies et moyens per-mettant de rendre moins coûteux le titre de transport sur les lignes domestiques. Ces études devraient permettre également de déterminer les avions types sur les lignes domestiques.Des efforts sont donc faits pour le développement de la desserte intérieure.

Nous allons sortir de cette entrevue par le dossier "Air CEMAC". Monsieur le Directeur Général Adjoint, ce Projet est-il au point mort ? Cette compagnie ne viendrait-elle pas sonner le glas des compagnies nationales de la sous-région CEMAC ?

Le projet de mise en place de la compagnie aérienne sous-régionale a connu des avancées majeures. Les dernières discussions sur le projet de réseau d'exploitation en vue du démarrage des activités de cette compagnie ont eu lieu du 13 au 14 mai 2009 à Douala entre les Directeurs Généraux de l'Aviation Civile (DGAC) de l'Afrique Centrale, les Experts de la Commission de la CEMAC et les responsables du partenaire de l'entreprise la South African Airways (SAA). Cependant la compagnie Air CEMAC devra évoluer aux côtés des compagnies nationales existantes et de celles qui seront créées, dans un environnement libéral et compétitif.

Pascal BESSAGA,

Joël WADEM et Marc Olivier MAMIAH