
Ou le regard sur la situation de l'aviation civile du Cameroun hier, aujourd'hui et demain.
Pour le jeune Camerounais de la génération actuelle qui observe le ciel camerounais aujourd'hui, il lui est difficile d'imaginer l'intense activité aérienne qui y a prévalu entre 1970 et 1992 lorsqu'à longueur de journée, des aéronefs de divers types et de compagnies différentes sillonnaient l'espace aérien national. En effet, le Cameroun ayant réalisé et modernisé un important patrimoine aéronautique constitué de quatorze aéroports ouverts en permanence à la circulation aérienne publique conformément aux normes de l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI), puis des infrastructures radioélectriques et météorologiques de haute performance concourant à la sécurité de la navigation aérienne nationale et internationale offraient alors toutes les garanties de sécurité pour la navigation aérienne dans le pays.
En plus, plusieurs équipements de sauvetage et de lutte contre l'incendie, divers matériels de sûreté et un riche arsenal juridique classaient le Cameroun dans le peloton de tête des pays membres de l'OACI, ce qui lui imposait par ailleurs des contraintes évidentes. Les efforts ainsi consentis confirmaient le souci de l'Etat de doter la nation camerounaise de structures aéronautiques facilitant les échanges multiformes avec l'extérieur et favoriser un rapprochement des populations de la sous région et au-delà. Grâce à cet investissement, les opérateurs nationaux et étrangers exerçaient l'activité de transport aérien au Cameroun dans des conditions qui faisaient des envieux en Afrique, période au cours de laquelle, le trafic aérien a atteint un pic jamais égalé.
Au plan national, le transport aérien régulier initialement assuré par Air Cameroun s'est poursuivi par Cameroon Airlines dès 1971, date de sa création, jusqu'en 1994 grâce à une flotte constituée de deux DC 4, deux DHC-6 TWIN OTTER, deux HS 748-B, trois B737-200, un B707, un B747 - 200 COMBI.
Deux autres compagnies ont activement participé à l'animation du ciel camerounais. La première, AVIA SERVICE dont la flotte composée de deux PA31, un PA34, un C310, un PA28 un PA 38 et un PA 31 assurait exclusivement les vols à la demande. Quant à Air Affaires Afrique créée par le groupe EXARCOS, elle a assuré aux côtés de la compagnie aérienne nationale la promotion du transport aérien. Pour ce faire, elle comptait dans sa flotte deux C 402, un SN 601, un N262, trois DASH 8. Grâce à cette flotte, Air Affaires Afrique, hormis les vols à la demande effectués à son propre compte et qui constituaient l'essentiel de son activité, a servi de relais à Cameroon Airlines pour la desserte des aéroports secondaires de Mamfé, Dschang, Bafoussam, Bertoua et Batouri. Bien que basée à Douala, Air Affaires Afrique plus connue sous l'appellation 3A disposait à Yaoundé d'une agence très active avec un aéronef et un pilote toujours prêt à décoller en cas de besoin. Dans le même ordre d'idée, UNITAIR, une entreprise mise sur pied par un homme d'affaires camerounais disposant d'une flotte constituée d'ANTONOV, a contribué à assurer des vols intérieurs réguliers pendant une période relativement courte. La raison : ses avions de fabrication russe ont très rapidement posé de gros problèmes de maintenance dus à l'absence de pièces de rechange. En outre, le personnel navigant technique et commercial ainsi que les mécaniciens au sol étaient tous de nationalité russe, ce qui imposait à l'exploitant un coût d'exploitation trop onéreux.
Plusieurs autres compagnies dites de troisième niveau, propriétaires d'avions côtoyaient les trois premières. Il s'agit de Central Air Transport et UNIFLY. Avec un nombre d'avions limité, ils assuraient des vols à la demande. UTAVA s'occupait du traitement agricole par voie aérienne. Une activité qu'elle poursuit toujours avec bonheur sous la direction d'un officier supérieur de l'Armée de l'air qui semble bien maîtriser son affaire, si l'on en juge par les résultats dans ce domaine. D'autres compagnies s'occupaient des vols privés essentiellement consacrés au transport des personnels et du matériel de leurs sociétés respectives. Il s'agissait SFID, TRACTAFRIC, DRATEX, TRANSRAPID, AEK, HEVECAM, OCB, BICIC, SIL, HELIMISSIOM, SIBAF, SEBC, CAMHEL à Douala et SODE¬COTON à Garoua et SONASUT basée au Tchad mais qui fréquentait assidûment des vols sur les aéroports camerounais. L'initiation au pilotage était assurée par le Club Aéronautique de Douala, l'Aéro-club de Yaoundé avec des ramifications à Ngaoundéré, Garoua et Bafoussam.
A cet égard, il y a lieu de préciser que le Cameroun doit à ces aéro-clubs la formation de base de ses premiers pilotes qui poursuivent leurs carrières dans diverses compagnies de renom à travers le monde, ce qui fait la fierté du pays au-delà des frontières nationales. Cette époque correspond également à celle d'une intense activité de transport aérien international assuré par une pléthore de compagnies : Air France, Swissair, Sabena, Lufthaza, Aeroflot, Panam, Air Afrique, Air Gabon, Air Zaïre, Nigeria Airways et EGA. Pour diverses raisons, nombre d'entre elles ont disparu aujourd'hui pour laisser place à celles qui poursuivent leurs activités dans un environnement où la libéralisation offre des créneaux plutôt favorables. On y dénombre, sans que la liste soit exhaustive : Brussels Airlines, Star Equatorial Airlines, Interair South Africa airways, Air France, Virgin Nigeria, Kenya Airways, Afriqiyah Airways, Royal Air Maroc, Bellview, Benin Golf Air, Ethiopian Airlines, Pacific Cargo Airlines, TAAG Angola Airlines, Hewa Bora Airways, Air Service, SWISS, Air Ivoire, Air Mali etc. Bien que le développement du transport aérien au Cameroun soit lié à la relance de l'économie, la dynamisation des structures touristiques dont le pays regorge d'énormes potentialités reste également un fac¬teur déterminant pour sa promotion dans laquelle l'Autorité Aéronautique s'est engagée depuis sa date de création le 19 septembre 1999.
Une question se pose cependant : pourquoi de nombreux hommes d'affaires Camerounais ne veulent pas investir dans le secteur de l'aviation? Alors qu'en emboitant le pas aux quelques compagnies nationales qui s'y essayent depuis peu, la possibilité serait offerte a un plus grands nombre de nationaux d'accéder a ce moyen de transport avec en prime le rapprochement des régions du Sud Ouest, Nord Ouest et Ouest de celles de l'Est et des régions septentrionales.
Pour y contribuer, l'Autorité Aéronautique devrait mettre un accent sur les études préalables à mener avant l'octroi des autorisations de création des compagnies aériennes dans notre pays en même temps qu'elle accompagnerait celles ci lors du démarrage de leurs activités. Ceci éviterait de retomber dans les mêmes erreurs qui par le passé ont été à l'origine de nombreux échecs dans le secteur de l'aviation civile. La réussite de cette équation donnerait une réponse favorable aux citoyens camerounais pour qui l'avion est un moyen de transport réservé aux plus nantis.
NGOM Josué