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Aviation civile au cameroun :de l'intermittence à la permanence

De quelques arrêts irréguliers dans les années 30 à la promulgation d'une nouvelle loi portant régime de l'aviation civile en 1998, de belles pages ont été écrites. Retour sur les grands moments qui ont marqués l'aviation civile au Cameroun.

C'est dès 1932 que l'on commence à parler de l'aviation civile au Cameroun. Cependant, c'est en 1934 que les choses vont véritablement se matérialiser avec un projet pour la construction des infrastructures aéroportuaires à Douala, Garoua et Yaoundé. A ce moment, l'activité aérienne se limite à l'arrêt de quelques touristes à Douala et au passage à Garoua de gros appareils de la nouvelle ligne commerciale reliant l'Algérie au Congo. En 1947, le Cameroun est relié à l'Afrique Equatoriale Francophone, l'Afrique Occidentale Francophone, l'Afrique du Nord et la France, par les avions de la compagnie Air France qui assurent un service régulier. Il y avait quatre avions au départ du Cameroun pour relier Bangui, Brazzaville, Pointe Noire, la côte, jusqu'à Dakar avec correspondance à Lagos et Dakar sur Paris. En sens inverse, cinq avions arrivaient au Cameroun chaque semaine. Le nombre d'avions atterrissant à Douala passera de 450 en 1947 à 900 à la fin de l'année 1949.

A partir de 1950, les structures du transport aérien du Cameroun, dépendent du Bureau de l'Aéronautique Civile du ministère français des Travaux Publics et des Transports. Le Cameroun est alors relié à la France et aux Territoires français d'Outre Mer par des appareils de type DC, appartenant à Air France. A cette époque, il y a quatre liaisons par semaine entre Douala et Paris, dont un départ de Yaoundé via Douala.

18 aérodromes en 1955

En 1955, le Cameroun comptait 18 aérodromes classés en trois catégories : les aérodromes principaux (Douala et Yaoundé desservis par des DC6, Garoua-Ngaoundéré et Maroua Salak recevant les DC4, puis Batouri, un aérodrome frontalier qui reçoit des aéro-nefs à destination et en provenance de Berberati en Oubangui Chari, actuelle République Centrafricaine) ; les aérodromes pour les avions légers (Bafia, Bertoua, Djoum, Eséka, Maroua ville, Sangmelima, Tibati etc.) ; et les pistes d'atterrissage créées par des exploitants forestiers au gré des chantiers qu'ils ouvraient en pleine forêt équatoriale.

Dans le même temps, des aides à la navigation aérienne (radiobalise de Mbanga -10 octobre 1953) sont mises en service ainsi que des installations radio aéronautiques et les stations météorologiques qui se trouvaient sur la plupart des aérodromes du pays et étaient exploitées jusqu'au premier trimestre 1955 (année de la prise en charge de certaines installations par le service aéronautique), par le personnel des Postes et Télécommunications. L'aviation civile va continuer de progresser et la Direction de l'Aéronautique Civile du Cameroun, est créée par le Décret du 20 décembre 1959. Le Cameroun après son accession à l'indépendance le 1 er janvier 1960, a ratifié le 15 janvier de la même année, la Convention de Chicago signée le 07 décembre 1944 créant l'Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI). Etant donc devenu mem¬bre de l'OACI, notre pays avait le devoir de veiller à ce que la législation nationale s'aligne sur les normes et pratiques recommandées par l'OACI en ce qui concerne les avions immatriculés au Cameroun et les avions étrangers entrant ou sortant du territoire camerounais. C'est ainsi que sera votée et promulguée la loi n°63/LF/35 du 05 novembre 1963 portant Code de l'Aviation Civile au Cameroun. Ce texte donnait au ministre chargé des transports, à travers la Direction de l'Aéronautique Civile Fédérale (DACF), la responsabilité de la sécurité de la navigation aérienne au dessus du territoire fédéral. En application de l'article 2 du Décret n°64/DF/314 du 14 juillet 1964 portant organisation de la DACF, cette dernière est chargée d'étudier, de promouvoir, de réglementer et de contrôler toutes les activités pouvant concourir, dans l'intérêt général, au développement de l'aviation civile, commerciale ou industrielle.

Cameroon Airlines

Grâce à la Direction de l'Aéronautique Civile Fédérale, l'aviation civile camerounaise va connaître un développement rapide avec la construction de nombreux aéroports. Des compagnies aériennes privées à l'instar d'Air Cameroun et Cameroon Air Transport vont naître pour assurer la desserte inté-rieure. Mais, elles vont malheureusement déposer leur bilan et le Cameroun qui vient de quitter Air Afrique, est obligé de créer en 1971, sa compagnie aérienne nationale. Il s'agit de Cameroon Airlines qui de 1971 à 2008, soit 37 ans durant, a fait la fierté de tout le pays aussi bien au plan national qu'international, avant de faire faillite.

En 1974, le Cameroun devient l'un des Etats membre de l'Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) créée le 12 décembre 1959 à Saint Louis au Sénégal, en ratifiant la Convention de Dakar. Dès lors, les ser vices destinés à garantir la régularité et la sécurité des vols des aéronefs, la circulation aérienne générale et la fourniture des services de circulation aérienne et de météorologie aéronautique, sont assurés dans quatorze aéroports camerounais par l'ASECNA. Dans la décennie 1980-1990, un autre type de trafic, le transport aérien à la demande, va voir le jour, encouragé par les exploitants forestiers soucieux de rallier très rapidement les sites de leurs scieries et à rechercher de nouvelles assiettes de coupe. Dans cette catégorie, on retrouve Avia service, Air Affaires Afrique, Central Air Transport et Unifly. Des entreprises d'exploitation forestière vont également acquérir leurs propres aéronefs pour faciliter les déplacements du personnel de la société. C'est le cas de la SFID avec un ;Cessna 402, SIBAF, un PA23 et SEBC, un Cessna 441.

La création de grandes exploitations agricoles va également permettre de développer des unités de travail aérien basées essentiellement sur la lutte anti acridienne. Alors que l'Etat met sur pied une Unité de traitement aérien dénommée UTAVA pour assumer cette mission, la Société des Plantations Nouvelles de Penja (SPNP) se dote de deux Turbo Trush pour assurer l'épandage régulier des produits sur ses bananeraies. La Société Internationale de Linguistique (SIL) possède un C206, les Missions Evangéliques (Hélimission) basées dans le Nord-Ouest un hélicoptère AS 350 B, la société Cameroon Hélicoptères (CAMHEL), spécialisée dans le transport du personnel sur les plates-formes pétrolifères possède également de nombreux hélicoptères. Du fait de la crise économique des années 1990, l'Etat qui n'arrive plus à gérer. nombre de ses aéroports va créer avec la société Aéroport de Paris, Aéroport du Cameroun. Une société dont les activités vont démarrer en octobre 1994 et qui a en charge la gestion commerciale des aéroports de Yaoundé, Douala, Garoua, Bamenda, Bertoua, Maroua et Ngaoundéré.

En 1998, le Cameroun va se doter d'une nouvelle loi sur l'aviation civile. Cette loi permettra en 1999, la création de l'Autorité Aéronautique, organe chargé non seulement de la supervision des activités liées à la sécurité et à la sûreté de l'aviation civile au Cameroun, mais aussi du développement du transport aérien, de la planification du développement ; et l'entretien des infrastructures aéroportuaires.

Joêl WADEM
Journaliste
Chef de la Cellule de la Communication CCAA