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Ressources humaines aéronautiques: un large déficit à combler

crack_sealing-entretienL'aviation de demain mettra un accent particulier sur le recrutement, la sélection, la formation et la certification du personnel aéronautique.

L'objectif caractéristique de l'aviation, c'est sa fiabilité. Pour un avion donné, cette fiabilité peut être mesurée par le nombre d'accidents d'aviation enregistrés par rapport au nombre d'heures de vol (HDV) effectuées par cet avion. Il s'agit donc d'un problème de sécurité et de sûreté.

Pour atteindre cet objectif, la sûreté de l'aviation civile vise la prévention des accidents volontaires et prémédités par l'homme (kamikazes, terroristes, débiles mentaux, etc.) dans le but de nuire, tandis que la sécurité de la navigation aérienne vise la prévention des accidents non volontaires, mais occasionnés soit par la mauvaise application des consignes de navigabilité ou des règles de l'air, soit de façon fortuite simplement, soit par le vieillissement des avions (la durée de vie d'un avion variant entre 20 et 30 ans en fonction des types, les visites techniques périodiques, audits et inspections, peuvent néanmoins contribuer à la renforcer). Dans ce contexte, l'aviation de demain mettra un accent particulier sur le recrutement, la sélection, la formation et la certification du personnel aéronautique d'une part, et sur la certification des systèmes, plates formes, procédures, équipements et matériels volants utilisés d'autre part.

A ce jour, d'après les calculs de l'organisation de l'aviation Civile Internationale (OACI), l'aviation a atteint un taux de fiabilité jamais égalé dans les autres modes de transport. Ce taux, appelé « TLS » (Total Level of Safety) est de l'ordre de : TLS = 1/10 000 000. Cela veut dire que de nos jours, un avion pourrait voler de façon continue et sans faire le moindre accident pendant 10 millions d'heures de vol, soit plus de cent (100) ans, à condition d'appliquer correctement les consignes de navigabilité et d'exploitation, puis d'observer les règles de l'air.En effet, depuis la création officielle de l'OACI le 7 décembre 1944 jusqu'à nos jours, les causes principales de tous les accidents d'aviation enregistrées à l'échelle mondiale proviennent exclusivement des quatre (4) sources de facteurs aggravants ci- après et dans les proportions de responsabilités partagées ou en solo suivantes : facteurs humains (70%) ; avion seul (10%) ; avion et Pilote (10%) ; autres (10%).

En l'état actuel des chiffres et des pourcentages sus évoqués, l'aviation garderait intacte sa fiabilité d'aujourd'hui si elle n'était pas appelée à évoluer sans cesse dans le temps et au même rythme que les nouvelles technologies. Il s'agit ici de gérer convenablement et dans un environnement technique approprié, des concepts plus ou moins nouveaux comme la navigation aérienne par satellites basée sur les systèmes "CNS/ATM", la libéralisation du transport aérien, la qualité de navigation aérienne requise (RNP) en fonction de la catégorie de l'espace aérien dans lequel évolue un aéronef donné, la réduction de l'espace aérien au-dessus du niveau de vol FL 290 (RVSM).

Cette évolution permanente de l'aviation autrefois d'élite vers une aviation de masse pour mieux canaliser la mondialisation de l'économie et rapprocher davantage les peuples, touche de plus en plus les infrastructures aéroportuaires et la capacité de nouveaux types d'avions à large fuselage tels que les Airbus de type A380 avec une capacité de huit cent (800) passagers et une envergure hors tout de 75 mètres d'un bout de l'aile à l'autre). Avec une telle augmentation de capacité, un accident d'un seul avion de ce type causerait des pertes en vies humaines puis des dommages aux bagages et en matériels volants énormes, et qui plus est, compromettrait et réduirait considérablement la fiabilité sus évoquée de l'aviation, acquise avec fierté et méthode en appliquant convenablement les normes techniques universelles y relatives. La devise de l'aviation étant "S.VH." c'est-à-dire Sauvegarde des Vies Humaines.

L'aviation de demain reposera donc de plus en plus sur des normes techniques universelles et nécessitera pour les appliquer convenablement, de personnels aéronautiques suffisamment qualifiés pour garantir son ergonomie, dans la perspective de maintenir et/ou améliorer son niveau actuel de fiabilité et perpétuer sa devise.

Pour faire face à cette demande sans cesse croissante du personnel aéronautique pour l'aviation de demain, et dans sa lettre n° 00441/L/MINT/DAC du 04 juin 1997 et les suivantes, l'ex Direction de l'aviation Civile du Cameroun, remplacée et relayée par l'autorité Aéronautique, sollicitait à juste titre une autorisation spéciale de recrutement dans ce domaine auprès du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, en s'exprimant dans les termes alarmants suivants : "j'ai l'honneur d'appeler votre attention quant à l'urgence et la nécessité de recruter et de former des Cadres Ingénieurs dans le secteur combien sensible et stratégique que constitue l'aviation Civile." En effet, la correspondance précisait que depuis la suspension par le Gouvernement en 1987 de tout recrutement à la Fonction Publique, le Corps de l'aéronautique Civile, qui souffrait déjà d'un sous-effectif en personnel technique, aura encore perdu près de 30% de ses effectifs depuis 10 ans. Les prévisions statistiques démontrent que notre pays devra sous peu importer de la main d'œuvre dans ce secteur d'activités si un niveau acceptable de sécurité des vols pour les avions camerounais doit être maintenu, conformément à l'obligation qui lui est faite par la Convention de Chicago. Par ailleurs, suite à une mission effectuée dans notre pays du 31 mars au 04 avril 1997, les Experts de l'OACI ont établi un rapport confidentiel à la date du 06 juin 1997. Ces Experts recommandent fortement la reprise de la formation et du recrutement dans le secteur sus cité si le Cameroun ne voudrait pas connaître les difficultés similaires à celles qui existent entre les Autorités Aéronautiques Nigérianes et Britanniques aujourd'hui.

En bref, il s'agissait de recruter pour les 5 ans à venir 23 Ingénieurs, 20 Pilotes, 34 Techniciens et 10 Cadres Spécialisés pour un coût total de 2.975.000.000 FCFA. L'accord express que le Premier Ministre, Chef du Gouvernement avait donné à cette époque pour le recrute¬ment du personnel aéronautique dans le domaine de l'aviation prouve déjà que le Cameroun au plus haut niveau de l'État prend ce problème très au sérieux. Mais la demande de formation pour l'aviation de demain est toujours forte et la formation aéronautique coûte chère, sans oublier qu'il n'existe pas encore d'école d'aviation dans toute la Sous-région d'Afrique Centrale. De ce fait, la publication des avis de concours d'entrée dans les écoles aéronautiques étrangères n'est pas encore régulière au Cameroun. Et même si chaque année de tels avis étaient publiés, encore faudrait- il aux potentiels candidats les moyens de peaufiner une préparation assez sérieuse du concours d'entrée dans ces écoles très sélectives, qui accueillent les étudiants de tous les pays du monde et pour lesquelles, seul le mérite compte. Autre difficulté : en cas de succès au concours, les effectifs des classes étant limités de 12 à 20 étudiants au maximum par promotion, ni le Cameroun, ni aucun autre pays au monde ne peut envoyer lui seul, 20 étudiants en formation dans une même école la même année, même si ces étudiants étaient tous admissibles au concours. Donc, une synergie d'actions préalablement concertées entre les écoles aéronautiques étrangères d'une part, puis la CCAA, le Ministère des Transports, le Ministère des Finances, le Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative et les étudiants candidats aux concours d'autre part, s'avère nécessaire.

En attendant l'aboutissement heureux d'une telle démarche concertée entre les différents intervenants, le déficit en ressources humaines aéronautiques qualifiées, c'est- à- ire formées et certifiées comme l'exigent les normes de l'OACI, relayées par la législation nationale pour l'aviation de demain au Cameroun et ailleurs, est réel ; et pour envisager de le combler un jour, il faudrait déjà commencer à recruter quelque part, dans la perspective de former et certifier plus tard. Mais seulement, dans les sous-domaines respectifs de la sûreté de l'aviation civile et de la sécurité de la navigation aérienne, le recrutement obéit à des normes préliminaires axées notamment sur la vérification préalable des antécédents. Ces normes sont clairement définies ainsi qu'il suit dans le décret du Chef de l'État et l'instruction du Directeur Général de la CCAA.

Le décret n° 2004/184 du 13 juillet 2004 portant définition et organisation du programme national de sûreté de l'aviation civile du Cameroun prescrit à la page 30, section XI-A-2 que les normes nationales de recrutement, sélection, formation et certification du personnel de sûreté doivent être élaborées et les contrôles de sûreté soumis à des inspections, audits et tests par l'autorité Aéronautique ou sous sa coordination, en vue de déterminer le respect de ces normes.

l'instruction n° 00084JCCAAlDGjDSF du 07 avril 2006 donnant des indications sur le recrutement, la sélection, la formation et la certification du personnel de sûreté de l'aviation civile donne entre autres les précisions selon lesquelles : les équipements de détection, même les plus sophistiqués, et des procédures de sûreté bien planifiées dépendent, pour réussir, de la qualité de la personne qui les utilise. Pour que les mesures et contrôles de sûreté soient appliqués correctement et de façon à être efficaces, il convient de soigner le recrutement, la sélection, la formation et la certification du personnel.

Jean DJON
Ingénieur de l'aviation Civile
Sous-Directeur du Développement de la Sûreté CCAA