
Après le départ de Camair, de nombreux opérateurs se sont essayés aux services aériens intérieurs. Sans succès. Qu'est ce qui fait problème ? Décryptage
Parmi les instruments camerounais de transport aérien, la compagnie nationale Cameroon Airlines a constitué pour les camerounais, un objet de puissance, d'intégration nationale et de fierté. Du premier novembre 1971 au 11 mars 2008, c'est le temps qu'aura vécu la compagnie nationale de transport aérien Camair. Soit trente cinq années d'une aventure ambiguë marquée dans un premier temps par un parcours glorieux, symbole d'un Cameroun en pleine croissance et résolument tourné vers le développement du pays, et ensuite, trente cinq années d'une vie tumultueuse d'une entreprise publique qui n'aura finalement survécu au temps que grâce aux perfusions de l'Etat.
Il faut savoir que concernant la desserte intérieure, le parcours glorieux de la Camair résulte d'une politique volontariste en terme de subventions apportées par l'Etat à l'exploitation de certaines liaisons aériennes domestiques, l'objectif étant de compenser le déficit d'exploitation de ces lignes d'aménagement du territoire. Cependant, le coût des lignes d'aménagement du territoire était considérable, alors même que leur taux de remplissage était souvent faible.
Toutefois, le coût des lignes d'aménagement du territoire était justifié par la contribution du transport aérien au développement économique du pays, en même temps qu'il permettait le désenclavement du territoire national. C'est ainsi que tout au long de ces années de gloire de la compagnie nationale majeure, le secteur du transport aérien domestique a occupé une place importante dans la vie de la société en répondant à ses besoins. Notamment en termes de facilitation des libertés individuelles, principalement le tourisme et les voyages pour motifs familiaux, en permettant à un nombre croissant de touristes de réduire le temps passé dans les transports et de profiter pleinement de leur temps de vacances sur place. Mais également en termes d'instrument au service de l'intégration nationale. Car en effaçant les contraintes physiques de la géographie, il garantissait la cohésion et le désenclavement du territoire. Enfin, cette époque marquée par le dynamisme du transport aérien intérieur a permis l'extension et le développement des infrastructures aéroportuaires et des services de transports.
Toutefois, confrontées aux difficultés d'ordre économique et struc-turelles des années 80, l'Etat camerounais a dû s'adapter aux exigences de rationalisation à apporter dans le secteur. Malheureusement, les plans de restructuration engagés par les pouvoirs publics, à savoir, les contrats de performance, le plan d'ajustement structurel, le dégraissage des effectifs ... n'ont produit que des résultats mitigés.
C'est dans ce contexte de grisaille qu'a été adopté la loi n° 93/008 du 16 juillet 1993 libéralisant les services aériens intérieurs et régionaux, qui prohibent les actions destinées à entraver ou restreindre la concurrence dans le secteur.Dès lors, de nombreux opérateurs se sont intéressés au secteur, et l'Autorité Aéronautique a certifié une dizaine de compagnies nationales régulières qui ont connu des fortunes diverses sur le terrain. Il s'agit pour celles qui ont effectivement démarré leurs activités, de : Air leasing ; Air Services Cameroun ; Elysian Airlines, National Airways Cameroon (Nacam).
Mais ces petites compagnies privées se caractérisent par les ressources financières et humaines insuffisantes. La sous capitalisation des compagnies nationales est venue s'ajouter à l'étroitesse du marché domestique qui ne permet pas d'assurer une exploitation rentable. Enfin, ne bénéficiant d'aucune alliance régionale ou internationale, ces compagnies ne pouvaient profiter ni du réseau mondial des grandes compagnies, ni des effets de synergie de celles-ci. Autant d'opportunités et de ressources dont elles n'ont pu disposer pour l'acquisition d'avions modernes et économiques, adaptés au réseau domestique. Ces compagnies aériennes ont ainsi opéré avec une flotte âgée, à faible rentabilité parce qu'aux coûts d'exploitation élevés, avec une formation du personnel mal assurée, et l'absence de système de technologie approprié. En attendant le démarrage des activités de la nouvelle compagnie nationale Camair Co, les autorités camerounaises pour la première fois, ont ouvert la desserte intérieure à la compagnie aérienne Toumaï Air Tchad. Mais une fois encore, en raison des tarifs prohibitifs pratiqués et des coûts d'exploitation élevés, cette compagnie a été contrainte d'arrêter ses vols faute d'une clientèle disposée à payer les prix proposés.
Malgré ce tableau de bord plus que sinistré, les pistes qui s'offrent pour la relance des vols domestiques à l'heure où sont annoncés d'importants projets infrastructurels et miniers dans les quatre coins du Cameroun, sont celles qui s'inspirent des compagnies à bas coûts (low cost) avec la réduction des prestations de luxe, l'utilisation des nouvelles technologies pour la distribution, la réservation, la gestion des vols, l'organisation des groupes d'intérêt pour bénéficier de meilleurs prix sur la maintenance, l'achat de carburant et de pièces détachées, les services aéroportuaires et les assurances. La survie de cette catégorie de vols passe également par la formation d'alliances avec les grandes compagnies mondiales membres de Star alliance, Oneworld, Sky team, etc... Enfin, à l'heure où est annoncée la certification imminente des compagnies aériennes Air CEMAC et CAMAIR-Co, toutes deux appelées à mener leurs activités sur le triangle national entre autres réseaux, une réflexion stratégique approfondie s'im-pose quant à la définition des rôles et des marchés spécifiques à chacune de ces deux compagnies, tant il est vrai que ces deux ins-truments ne sauraient se livrer à une concurrence directe dans le marché national voire sous régional somme toute encore assez étroit.
Jean Victor BELL