Aviation Civile

Au Cameroun

Réflexion : des pistes pour l'envol du transport aérien intérieur

nouvelle_piste_NogaroLe transport aérien intérieur, ne serait-ce que pour sa fonction de service public, mérite d'être réhabilité.

Entamer une réflexion sur un éventuel désherbage des pistes pour l'envol du transport aérien intérieur au Cameroun est un exercice fort périlleux, tant cela revient à ouvrir l'épineux dossier de la desserte aérienne au service de l'aménagement du territoire. Aussi, cet article se voudrait un essai d'une vision possible pour attaquer le vaste chantier du transport intérieur au Cameroun.

Partant du principe que le transport aérien peut être utilisé comme un instrument de la politique d'aménagement du territoire, il devient donc utile de développer ce transport en associant rentabilité/ service publique ; ceci peut se faire par le biais de deux mécanismes : la mise en place d'une politique aérienne au service de l'aménagement du territoire ; et l'exécution d'un ensemble d'interventions publiques allant dans le sens du service public.

Cela passe par une préoccupation nationale et un essor encadré par un Etat interventionniste qui se traduirait par un engagement volontariste de l'Etat soutenu par les acteurs publics locaux dans le domaine du transport intérieur et un engagement de l'Etat en faveur de la desserte intérieure par une politique cohérente globale du transport aérien, d'une part. D'autre part, par la prise en compte par les acteurs locaux de la problématique aérienne (collectivités décentralisées, chambre de commerce et d'industrie, opérateurs économiques régionaux) qui engageront ainsi une action publique locale prépondérante en matière aérienne. En effet, parallèlement et concomitamment à l'engagement de l'Etat, il devrait se façonner au fil des années une véritable politique aérienne locale aux multiples facettes, qui se préoccuperait tout à la fois du développement des infrastructures aériennes et des lignes qui les desservent. Il est essentiel de ne pas ignorer cette réalité.

Avec la décentralisation, les collectivités locales, catalyseurs des énergies locales devraient rapidement se spécialiser dans le domaine de l'exploitation aéroportuaire dans une perspective à la fois commerciale et d'aménagement de leur territoire. Le Décret du 22 janvier 2009 fixant la composition du patrimoine aéronautique national et les modalités de sa gestion ouvrent fort heureusement cette opportunité.

Le deuxième mécanisme est un ensemble d'interventions publiques défini en priorité en fonction de l'idée de service public. Il faudrait d'abord créer une compagnie aérienne réservée aux lignes intérieures et qui desservirait en cas de besoin un aéroport international fonctionnant comme un hub (comme le fît en son temps Air Inter en France). Ensuite, assurer la contractualisation des relations entre l'Etat et cette compagnie aérienne nationale. L'utilisation du procédé contractuel dans les rapports entre l'Etat et cette compagnie trouve son intérêt dans la désignation des lignes que cette dernière s'engagerait à exploiter, et surtout de préciser quelle serait la nature et l'étendue du soutien financier de l'Etat. Enfin, l'exclusivité et la péréquation tarifaire doivent être au coeur du dispositif.

Pour le respect de ses obligations, cette compagnie doit se fonder sur la mise en oeuvre d'un système de péréquation entre les lignes rentables et les lignes déficitaires. Ce principe reposerait sur l'avantage constitué par l'exclusivité sur le réseau pour bâtir une desserte d'aménagement du territoire. Les deux aspects sont indissociables, et l'un renvoie à l'autre.

La péréquation tarifaire ne serait possible que parce qu'il y aurait exclusivité ; et ce privilège ne serait accordé que pour permettre la mise en oeuvre d'une péréquation interne. L'étude de ces deux piliers du système devrait donc permettre de mieux en comprendre les rouages, mais aussi d'apporter quelques pistes de réflexion pour continuer le débat. Cet ensemble serait complété par une analyse du soutien financier public à la desserte aérienne du territoire ; c'est-à-dire une action du ministère en charge de l'aménagement du territoire en faveur de la desserte aérienne régionale, un regard sur les aides publiques aux collectivités locales et enfin une implication de l'Etat dans la formation du réseau de transport aérien régional.

II nous paraît évident qu'au delà de ce pavé dans la mare, il s'agirait de penser sérieusement à l'organisation d'un véritable forum sur la desserte intérieure au Cameroun en gardant bien à esprit que le transport aérien intérieur est et restera d'abord un service public pour l'aménagement du territoire.

Joël Patrick Etogo
Juriste Développeur